Les incontournables de la cuisine flamande autour de Lille
Dans la métropole européenne de Lille, la cuisine régionale se reconnaît à ses plats réconfortants, souvent mijotés, nourrissants et conçus pour être partagés...
Lire +Parfois, pour comprendre l’âme d’un lieu, il faut fermer les yeux et se laisser gagner par les odeurs, les bruits, les couleurs. Poussez la porte de La Piscine, rue des Champs à Roubaix : avant même d’apercevoir la moindre œuvre d’art, une lumière chaleureuse accroche déjà le regard. Ce halo doré qui ondule à travers les vitraux, cette atmosphère moite et feutrée, ce parfum de carrelage ancien… Il flotte ici une mémoire très singulière.
Construite de 1927 à 1932 sur les plans de l’architecte Albert Baert, La Piscine de Roubaix a connu mille vies. C’était « la plus belle piscine de France », une prouesse Art déco entièrement pensée pour les ouvriers de la ville, fourmillant de textiles et d’usines (source : Le Monde). On y venait pour se laver, nager, apprendre à flotter dans ce grand bassin ourlé de mosaïques, encadré de cabines colorées. À l’époque, se baigner était un luxe dans la France des années 30, et chaque pointe de soleil qui passait à travers l’immense verrière semblait bénir le quotidien des familles roubaisiennes.
La décision de transformer ce joyau Art déco en musée a suscité bien des débats, mais le génie a été d’en conserver l’ambiance. Le bassin est devenu une allée majestueuse, bordée de statues qui se reflètent dans l’eau, comme autant de nageurs figés dans le marbre ou le bronze. On ne regarde pas les œuvres de la même façon ici : la lumière et les jeux de miroir dialoguent en permanence avec les œuvres (source : France Info).
Il existe en France d’autres musées aménagés dans d’anciens sites industriels (on pense au Musée d’Orsay installé dans une gare, ou au Louvre-Lens sur une ancienne friche minière). Pourtant, aucun n’a ce souffle d’insolite et de poésie. Ici, l’eau est bien présente : elle n’est plus chlorée, mais sa surface offre un miroir infini où se mêlent passé et présent.
Ce n’est pas seulement la beauté folle du bâtiment qui séduit. La Piscine est un lieu vivant, vibrant. Impossible d’oublier ce contraste : d’un côté de la nef, familles, étudiants, amateurs de design circulent autour du bassin ; de l’autre, des classes d’écoliers s’initient aux arts appliqués dans les anciennes douches et vestiaires. On perçoit alors ce qui fait sa force : un ancrage populaire, une volonté de rester accessible et ouvert, loin du musée figé et silencieux.
Dans l’entrée, l’atelier de restauration s’observe à travers une large baie vitrée. On peut ainsi découvrir l’envers du décor : des restaurateurs à l’œuvre, des sculptures en cours de recollage, des céramiques minutieusement dépoussiérées. Ce souci de partage est rare et précieux.
Mais venons-en aux trésors de La Piscine. La muséographie donne toute sa place aux artistes et artisans qui ont fait battre le cœur de Roubaix et de la région Nord au fil des siècles : peintres, sculpteurs, dessinateurs, mais aussi faïenciers, céramistes, créateurs textiles.
Mais ce qui fait la différence, c’est ici la manière de présenter tout cela. Peu d’œuvres sous vitrine, beaucoup exposées à hauteur d’enfant, des bancs et sièges invitant à la pause partout. L’immersion est totale : la lumière des vitraux anime la galerie de sculptures, le grondement discret de l’eau donne au lieu un air de cathédrale joyeuse.
On dit que c’est ici, dans la piscine vidée de son eau en 1985, que l’auteur Jean-Philippe Toussaint a imaginé son roman La Salle de bain, en contemplant les mosaïques écaillées. D’autres racontent comment, lors de la transformation en musée, des baigneurs nostalgiques venaient déposer de vieux maillots, des palmes, des photos jaunies, comme pour bénir cette mue étonnante (source : guide conférencier du musée, entretien 2023).
Plus insolite encore : lors des grandes expositions temporaires (Miró, Chagall, Dufy), le bassin s’anime de concerts, de performances. Un soir d’hiver, des harpistes installés au cœur du bassin ont fait résonner leurs accords à la faveur de la lumière tamisée : l’acoustique singulière de la nef en a laissé plus d’un rêveur.
La Piscine ne s’endort jamais sur ses lauriers. Depuis la réouverture en 2001, la programmation alterne expositions-événements, invitations à de jeunes artistes, et événements festifs pour petits et grands : Nuit des musées (avec baignade sonore à la clef !), ateliers enfants dans l’ancienne chaufferie, visites à la lampe torche ou nocturnes d’été.
| Adresse | 23 rue de l’Espérance, 59100 Roubaix |
|---|---|
| Transports | Métro ligne 2 (arrêt « Gare Jean Lebas » à 5 min à pied), tram Roubaix, ou station V'Lille.Parking possible à proximité. |
| Horaires | Mardi-jeudi 11h-18h ; vendredi 11h-20h ; samedi et dimanche 13h-18h ; fermé le lundi. |
| Tarifs | 9€/6€ (tarif réduit). Gratuit le 1er dimanche du mois pour tous. |
| Contact | 03 20 69 23 60 – www.roubaix-lapiscine.com |
Revenir à La Piscine, c’est comme redécouvrir à chaque visite une facette de Roubaix que l’on croyait connaître. Il y a les expositions, bien sûr, mais aussi la vie du quartier qui afflue dans le café du musée, entre les rayons du soleil qui percent la façade Art déco et le bruissement discret des ruelles alentour. La mémoire ouvrière, la renaissance culturelle, la singularité de l’architecture – tout s’y conjugue pour créer un lieu inclassable, où l’on vient aussi bien pour s’émerveiller que pour respirer, méditer, croquer sur un carnet ou se laisser simplement porter.
À Roubaix, La Piscine reste bien plus qu’un musée. Elle est tout à la fois un hommage à ceux qui rêvent la ville, qui s’y sont baignés, qui la font vivre aujourd’hui – et un appel, lancé à tous, à se laisser surprendre au détour d’une balade. Alors, on plonge ?